#Fin de vie#Textiles

Atelier Unes : Les Collants Recyclés

18 .10.2021

"En amont nous produisons localement des collants à partir de nylon recyclé. En aval, nous transformons les déchets en recyclant les collants usagés." 

"En amont nous produisons localement des collants à partir de nylon recyclé. En aval, nous transformons les déchets en recyclant les collants usagés." 

Comment vous est venue l’idée de proposer des collants consignés ?

Nous réfléchissions à l’impact des collants usagés. 7000 tonnes de collants sont jetées en France. Ceux qui sont récupérés sont brulés et servent de combustibles. C’est dommage. Que pouvions nous en faire ? Nous nous sommes dit que les collants pouvaient être récupérés, grâce à un système de consigne, afin de pouvoir les valoriser. En 2019 nous avions organisé un atelier d’up-cycling pour apprendre à faire des chouchous. Nous nous sommes dit que les collants récupérés pouvaient servir à faire les élastiques qui entrent dans la composition des chouchous.

En quoi les collants usagés sont-ils intéressants à valoriser ?

Composés seulement de nylon et d’élasthanne, ils sont facilement transformables. Il suffit de les couper, de les tordre ou de les tresser pour modifier leurs caractéristiques physiques et mécaniques.

 

Pouvez-vous nous expliquer la chaine de valeur de ce collant?

Elle se décompose en deux temps. En amont, nous produisons localement des collants à partir de chutes de production de nylon. Commercialisé par notre filateur italien Fulgar, ce nylon recyclé appelé Q-NOVA® est obtenu à partir des chutes de nylon fondues, granulées puis filées. Le fil de nylon est ensuite mélangé à de l’élasthanne et teint. Le tout tricoté pour obtenir les collants.

Toutes ces étapes de confection se déroulent dans un rayon de 100 km autour de Bergame, dans le nord de l’Italie, une région où se concentrent toutes les expertises autour de cette fibre. Tous les filateurs, confectionneurs et teinturiers sont là. D’où le circuit court. Les fibres sont en plus certifiées GRS (Global Recycled Standard) et la teinture Oekotex 100, (prévue pour ne pas contenir de substances nocives).

En aval, nous avons organisé toute la partie consigne, récupération des collants usagés et revalorisation en France. Dans un autre circuit court.

 

Quel est l’impact environnemental de ces collants ?

Travailler en circuit court, nous permet de réduire la consommation d’énergie. Nous réduisons aussi fortement l’impact avec notre matière première, le Q-NOVA®, qui donne une utilité à des chutes de matière qui n’étaient pas destinées à être utilisées.

 

Vos collants sont-ils conçus différemment pour durer ?

Le Q-NOVA® est un nylon recyclé de très haute qualité car il est issu d’une matière non utilisée et vierge. De plus, nous avons choisi un tricotage 3D classique qui offre un maillage plus dense et donc plus résistant. Pour agir sur la durabilité des collants, nous leur avons ajouté des renforts aux bouts des pieds et à l’entrejambe. Nos scores aux tests de résistance sont excellents. Nous ne comptons qu’un trou pour 10000 passages à l’abrasimètre -cette machine qui simule un frottement sur un tissu.

 

Quelles sont les limites techniques ?

Il y eu un travail de développement web à faire pour créer cette consigne. C’était quelque chose de nouveau dans la mode. Notre logisticien ne pouvant pas gérer ces produits usagés, nous avons dû aussi former un partenariat avec La Poste pour faire livrer ces collants déjà portés, chez nous à Paris. Par ailleurs, nous allons retravailler sur la matière pour l’améliorer et obtenir des chouchous un peu plus tendus. Nous avons également besoin de tissus pour coudre les chouchous. Nous utilisons les chutes de nos prêt-à-porter, mais il faut un peu de temps pour obtenir un stock suffisant.

 

Comment organisez-vous la récupération des collants usagés ?

Pour récupérer les collants déjà portés et usagés, afin de pouvoir retravailler la matière, nous avons imaginé de les consigner. Les clientes versent un dépôt de 2 euros par paire achetée qui leur est remboursé lorsqu’elles nous retournent leurs collants usagés (toutes marques confondues). Lorsque le stock de collants à valoriser reçu est suffisant, nous les envoyons à un ESAT (Etablissement et Service d’Aide par le Travail) parisien qui les transforme en chouchous.

 

Comment est accueilli le produit par les consommateurs ?

Nous avons lancé une campagne Ulule en septembre 2020 en espérant vendre 2000 collants sur ce principe. Nous pourrions alors commencer à mettre en place une consigne et monter une filière de valorisation. Cela a été un succès. Nous avons vendu plus de 5500 collants. Cela représente une des quinze meilleures campagnes de Ulule dans la mode de tous les temps. Le signe qu’il y avait bien un besoin, et un volume suffisant pour que nous lancions une phase de test.

En 2021, nous nous sommes renseignés sur les ESAT qui pourraient nous aider à transformer ces collants usagés. Nous avons choisi de travailler avec l’atelier de réinsertion Jules et Marcel Levy, au cœur de Paris. La première production de chouchous à partir de matière recyclée est sortie en mars 2021. Six mois plus tard, nous comptabilisons deux productions de 250 pièces chacune. Et un taux de satisfaction des clientes de 4,4/5. Nos tests sont concluants, nous allons probablement lancer une nouvelle campagne et une filière de valorisation puisque nous avons trouvé le bon partenaire.

 

Quelle est votre prochaine étape ?

En un an nous avons finalement vendu 6500 collants à partir de chutes de nylon, cela nous a permis de recycler 500 kg de fils. Nous allons élargir la gamme avec des collants plumetis et chevrons. Grâce au système de consigne, nous avons pu récupérer 50 kg de collants usagés. Avec lesquels nous avons fabriqué 500 chouchous. L’objectif est aussi d’arriver à en produire davantage. Nous souhaitons mener encore plus de tests et arriver à produire davantage de bandes élastiques à partir de collants. Pour aller plus loin avec cette filière de de valorisation et pour créer de l’emploi.

 

Merci à Matthieu JUNGFER, Cofondateur d’Atelier Unes

 

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