#Éco-conception#TLC

Decathlon : la stratégie éco-conception

23 .09.2020

Des produits sportifs respectueux de l’environnement et toujours plus performants

Des produits sportifs respectueux de l’environnement et toujours plus performants

Pouvez-vous nous résumer votre démarche ?

Depuis sa création en 1976, Decathlon a pour mission de rendre la pratique du sport accessible au plus grand nombre, en tant que marque de grande distribution sport et loisirs. En cette qualité, nous souhaitons préserver la qualité de l’environnement dans lequel nos clients pratiquent leurs activités physiques.

Dès 2012 Decathlon s’est lancé dans une stratégie d’éco-conception afin de penser intelligemment des produits sportifs plus respectueux de l’environnement et toujours plus performants, en mobilisant toutes ses équipes sur ce sujet pour construire le futur proche.

Quelle a été votre méthode de travail ? Ses différentes étapes ?

Nous avons repensé notre développement produit afin d’intégrer l’éco-conception à toutes les étapes du cycle de vie du produit, et conçu des outils en interne afin de rendre nos équipes autonomes autant que possible.

Ainsi, l’ingénieur qui pense le produit commence par évaluer l’impact environnemental grâce à des outils d’ACV simplifiés. Ensuite, nous formons une équipe projet (designer, chef de produit et ingénieur) qui travaille avec des outils comme « la Roue d’Okala » et fixe, lors du « brief produit », des objectifs, notamment environnementaux. Après une phase d’idéation pour trouver des nouvelles solutions d’éco-conception, la phase de conception suit un processus de développement produit classique.

Afin de s’assurer de la diminution effective des impacts environnementaux de nos produits sur l’ensemble de leur cycle de vie, nous nous basons sur l’évaluation environnementale via la base de données IMPACTS de l’ADEME. Nous considérons qu’une démarche d’éco-conception est validée à partir d’une diminution d’au moins 10% des impacts environnementaux par rapport au produit précédent ou référent. Ces impacts sont calculés sur la base de cinq critères principaux : le changement climatique, l’épuisement des ressources naturelles, l’eutrophisation des eaux marines, l’eutrophisation des eaux douces et la pollution de l’air.

Lorsque cette mesure n’est pas possible, nous complétons avec des critères définis et des seuils. Par exemple pour le polyester, si c’est la seule action d’éco-conception menée, alors il faut au moins 70% de polyester recyclé dans le produit.

Nous avons également mis en place divers groupes de travail sur les matières ou les process les plus problématiques comme la teinture, qui est l’un des procédés les plus polluants de l’industrie textile.

 

Avez-vous rencontré des freins ? Lesquels ?

Le premier frein est économique. Il s’agit de ne pas répercuter sur le prix final le coût des technologies nous permettant d’aller vers plus d’éco-conception. Il faut équilibrer ces hausses entre les gammes de produits et réussir à déterminer objectivement les hausses de coût effectivement imputable à l’éco-conception. Pour certains produits, il s’agit parfois seulement de quelques centimes répercutés sur le prix final.

Par ailleurs, penser un produit éco-conçu représente une contrainte de temps supplémentaire pour les équipes. Mais parfois il est simplement nécessaire de démontrer, par la pédagogie et les retours d’expérience des différents groupes projets, que ce temps supplémentaire peut-être pris sans mettre en retard le développement produit.

Enfin, les allégations environnementales sont également un défi, car nous manquons de lignes directrices sur ce sujet de la part d’institutions externes.

 

Quels ont été les leviers de réussite ?

Notre principale force est la formation. Comme nous souhaitons que l’éco-conception devienne un réflexe pour tous, nous avons investi pour former les équipes, les rendre autonomes et développer leurs compétences et expertises. Aujourd’hui, une vingtaine de personnes référentes en interne sont présentes pour dispenser les formations à un public d’environ 2 000 concepteurs. Ces formations à l’éco-conception s’étalent sur plusieurs années. En parallèle, nous ambitionnons d’augmenter progressivement le nombre de référents sur ces sujets. Si nous souhaitons que l’éco-conception devienne un standard, alors la formation est indispensable.

La maturité de Decathlon sur les sujets d’éco-conception nous a conduit à développer des outils qui permettent un réel gain de temps pour les équipes (logiciel de calcul d’ACV, large base de données, etc.)

La motivation des collaborateurs, proactifs sur le sujet, et le soutien de la direction générale, qui fixe des objectifs forts, sont également des conditions essentielles de réussite. Nous essayons de transmettre cette motivation et cet engagement à nos fournisseurs que nous accompagnons sur une montée en compétence commune en matière d’éco-conception.

 

Réfléchissez-vous à des pistes d'amélioration ?

En 2026, nous avons pour objectif que 100% de nos produits fassent l’objet une démarche d’éco-conception, tout en restant accessibles au plus grand nombre.

Nous voulons nous améliorer sur les matières que nous utilisons le plus et pour lesquelles les enjeux environnementaux et sociaux sont très forts, à savoir le coton et le polyester :

  • Pour le coton, nous souhaitons que d’ici fin 2020, 100% de nos gisements soient issus de sources plus durables (coton BCI, coton recyclé, coton biologique) ;
  • Pour le polyester, nous ambitionnons que 100% de nos gisements soient recyclés et/ou « dope dyed » (teinture dans la masse), à horizon 2026.

A terme, nous voulons changer de paradigme avec notre modèle d’affaires : aujourd’hui, nous vendons du neuf à des consommateurs. Nous souhaiterions à l’avenir déployer plus largement que ce qui est fait actuellement sur l’économie de la fonctionnalité : la réparation, la location, la consigne de nos produits. Il existe diverses façons d’être rentables tout en étant plus durables.

 

Merci à Marc PEYREGNE, Chef de Projet Eco-conception chez Decathlon.

Contact : marc.peyregne@decathlon.com

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